La traversée de la frontière, ça se mérite !

Prévenus par de nombreux voyageurs, notre passage au Chili a été à la hauteur de ce qui nous avait été raconté, une belle aventure ! Revenons-en au commencement… Nous avons quitté El Chaltén en début de matinée pour rejoindre une piste filant au nord vers le lago del Desierto à une quarantaine de bornes de là. Pas de chance, dès les premiers kilomètres, le vent commence à bien souffler et la flotte nous rattrappe. Je regrette déjà d’avoir quitté Pedro y su casa de ciclistas ! Pourtant, quelques rayons de soleil parviennent à percer les nuages, et là devant nous, apparait un superbe arc-en-ciel enjambant les montagnes. C’est magnifique, on en oublie presque le froid qui engourdit nos mains. Nous finissons par arriver dans une forêt qui nous protège du vent. Finalement, la pluie stoppe et nous poursuivons tranquillement notre chemin jusqu’au lac.

Nous avons quelques heures à tuer avant la traversée du lac en bâteau. Deux autres cyclos chiliens, José et Juan attendent également de passer sur la rive nord. Nous sommes donc 4 vélos à embarquer accompagnés de quelques touristes argentins qui feront seulement l’aller-retour. La traversée du lac est superbe et nous offre une magnifique vue sur les glaciers encore accrochés à la montagne, même si nous devinons ici aussi leur retrait progressif. Nous avons la chance de pouvoir admirer encore une fois le Fitz Roy, majestueux. Fascinée, je ne peux me passer de contempler ce spectacle. Une petite heure s’est écoulée quand nous arrivons sur l’autre rive où se trouve le poste frontière argentin. Nous avons la possibilité de planter la tente dans une forêt à l’abri du vent. Seulement, l’herbe bien verte qui tranche avec les steppes désertiques des derniers jours est plus attirante avec en prime, une très belle vue sur le Fitz Roy. En apparence, un spot de rêve ! Nous sommes pourtant les seuls à nous installer ici et nous comprenons pourquoi. La nuit tombée, le vent se lève et d’énormes rafales avec de la pluie secouent la tente dans tous les sens. Premier test réussi pour notre maison qui a tenu le coup sans un poil d’humidité !

Au petit matin, nous plions nos affaires sous quelques gouttes de pluie avant de faire tamponner nos passeports par les gardes argentins et débuter les hostilités. Devant nous, un sentier de randonnée de 5 km impraticable en vélo avec des passages très raides où nous devons pousser nos lourdes montures, les soulever tant bien que mal aux passages d’énormes racines. C’est épuisant, les bras forcent et les pieds tiennent difficilement leur appui sur un terrain rendu glissant par la pluie. Nous devons traverser plusieurs rivières, sur des branches et troncs d’arbre posés en travers, tels des équilibristes toutefois bien alourdis par notre chargement. On se demande bien pourquoi s’être mis dans un tel merdier ! La réponse : c’est le précieux sésame pour rejoindre le hameau de Villa O’Higgins, point de départ de la Carretera Austral, une piste-route longue de 1200 km parcourue par des cyclos du monde entier nous promettant des paysages grandioses ! Gardant cet objectif en tête, nous finissons par atteindre la borne frontière entre le sentier argentin et la piste chilienne, c’est un soulagement ! Nous pouvons enfin chevaucher nos montures et nous laisser glisser sur l’autre versant. La vue sur le lago O’Higgins est impressionnante !

Au poste frontière chilien, nous faisons tamponner nos passeports et apprenons que nous ne pourrons pas traverser le lac le soir-même comme prévu initialement en raison des conditions météos. Pedro nous avait aussi prévenu que le bâteau faisant habituellement la traversée était cassé, ce qui a été confirmé par des voyageurs croisés sur notre chemin, mais démenti par l’agence de El Chaltén où nous avons acheté nos billets pour la traversée deux jours plus tôt. Tant pis, nous avons plus qu’à attendre et prendre notre mal en patience. Nous découvrons rapidement que nous sommes pas les seuls dans cette situation : une bonne quinzaine de voyageurs attendent déjà depuis 3 jours ! Informés de ce possible contre-temps, nous avions heureusement prévu plusieurs jours en nourriture car ici, pas de magasin pour se ravitailler, seulement une estancia qui s’est improvisée camping et vend des oeufs et du pain à prix d’or.

Nous plantons la tente entre un cycliste hollandais et un randonneur allemand, le reste des voyageurs sont sudaméricains. Nous retrouvons un sympathique couple argentin en tandem rencontré à El Chaltén. Le soir venu, nous réaménageons une grange à l’aide de planches de bois pour se faire une grande tablée dans la joie et la bonne humeur. Une chaudière à bois réchauffe l’atmosphère et nous permet de cuisiner. Emilio et Angie nous prépare un maté, une sorte de thé se buvant avec une paille en métal qui filtre l’herbe à maté une fois infusée. Nous apprécions également la chaleur de la douche dont l’eau est chauffée par un feu de bois. Nous ne savons combien de temps nous allons devoir attendre, surtout que des voyageurs continuent d’arriver et le bâteau a une capacité limitée à 16 personnes…

Le lendemain, Fabien s’essaie à la pêche tandis que je me plonge dans un bouquin avant de retrouver nos compagnons de cette prison dorée. Nous sommes les seuls français, c’est top pour progresser en espagnol ! Le soir, les propriétaires de l’estancia nous ont donné un morceau de viande de près de 8 kg que nous avons partagé autour d’un barbecue. Un super moment !

En pleine nuit, nous sommes réveillés par les carabineros qui viennent nous annoncer qu’un bâteau devrait arriver d’ici quelques heures. Les places sont limitées, nous avons la chance de pouvoir faire partie de ce premier chargement. Nous sommes donc prêts au rendez-vous fixé à 3h, pour un départ finalement à 4h30 ! Nous mettons le double de temps habituellement prévu pour traverser soit 3h15 sur un lac très agité au début, ambiance, ambiance. Nous sommes heureux de débarquer et à la fois un peu émus de quitter nos compagnons de ces derniers jours. Nous avalons les 8 km de piste pour rejoindre Villa O’Higgins avec nos copains argentins et hollandais. Nous entrons dans le premier café venu pour dévorer un sandwich. Il est 9h, nous sommes un peu déphasés par cette drôle de nuit que nous venons de passer et ces derniers jours assez surréalistes !

Après le régime pâtes-riz des derniers jours, nous nous faisons plaisir dans l’épicerie de Villa O’Higgins. Petite bourgade de 650 âmes, nous retrouvons ici un brin de civilisation.

5 commentaires sur “La traversée de la frontière, ça se mérite !

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  1. Quelle épopée! on a particulièrement apprécié les photos nous démontrant vos talents d’équilibristes…mais celà, on n’en doutait pas!!
    Bonne continuation!

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  2. beau récit et belles photos !!
    un vrai feuilleton …
    L’ambiance , avec tous ces randonneurs à vélo , a l’air bien sympa . Vous allez vous retrouver tout au long de la Carretera Austral .

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  3. Ah ! Ah ! Les choses sérieuses commencent… Mais vous m’avez l’air d’affronter tout ça avec sourires et grandes formes ! Et ça n’en rend votre récit que plus passionnant à lire. J’attends la suite impatiemment.

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